Comment gérer la douleur et l'anxiété du patient pour assurer la qualité des soins dentaires ?

Published on Juin 26, 2025

7 minutes

  • Dentisterie
  • Gestion de la douleur
  • Gestion de l'anxiété

D’après une étude menée en 2016 par OpinionWay pour Doctolib, 48 % des Français ont peur d’aller chez le dentiste. Stress, mains moites, palpitations, douleurs abdominales, vous avez peut-être déjà ressenti les signes de cette peur, au moment de vous installer dans le siège ou d’entendre la roulette. Mais la peur peut aussi s’accompagner d’anxiété ou se transformer en véritable phobie. Découvrons quelles solutions sont possibles pour continuer à prendre soin de sa santé bucco-dentaire avec plus de sérénité.

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La douleur et l’anxiété liées aux soins dentaires

Qui se sent vraiment rassuré à l’idée d’aller chez le dentiste ? Si près de la moitié des Français déclarent avoir peur du dentiste, il faut distinguer la peur du dentiste, la douleur et l’anxiété liées aux soins dentaires et la phobie dentaire. Le plus souvent, douleur et anxiété sont étroitement liées1.

Tous les soins dentaires sont-ils douloureux ?

Douleur et anxiété sont très souvent confondues, parce qu’elles sont généralement étroitement liées. La douleur peut être associée au problème dentaire lui-même. Par exemple, un abcès dentaire ou une carie sont douloureux. Parfois, ce sont les soins dentaires qui provoquent la douleur, comme l’extraction d’une dent ou la pose d’un implant. Et certains soins sont reconnus comme plus douloureux que d’autres. 

L’anxiété, définie par l’Organisation Mondiale de la Santé comme “une peur et une inquiétude excessives et des troubles du comportement connexes”, peut elle aussi avoir plusieurs facettes  : 

  • l’anxiété d’aller chez le dentiste - c’est la peur du dentiste ; 
  • l’anxiété des soins dentaires - vous savez, le bruit de certains instruments utilisés par le dentiste… ; 
  • l’anxiété provoquée par la douleur des soins dentaires : avoir mal suscite un stress et donc de l’anxiété et inversement, l’anxiété augmente la sensation douloureuse1,2.

Par ailleurs, nous ne sommes pas tous égaux face à la douleur et l’anxiété liées aux soins dentaires. Avoir peur du dentiste contribue évidemment à augmenter la douleur et l’anxiété, mais certaines catégories de personnes sont particulièrement exposées : 

  • les enfants ;
  • les sujets atteints de troubles développementaux ou cognitifs ou encore de handicap ;
  • les patients avec des pathologies ou des affections dentaires ou stomatologiques spécifiques ;
  • les patients en grande précarité sociale ou en rupture de soins1,2.

Pour en savoir plus sur la douleur et l’anxiété chez les enfants, lisez l’interview du Dr. Thomas Marquillier, MCU-PH HDR Odontologie pédiatrique à l’Université et au CHU de Lille.

De la peur du dentiste à la phobie dentaire

La peur du dentiste reste le plus souvent modérée. Mais pour certaines personnes, cette peur se transforme en une véritable phobie, l’odontophobie* ou la stomatophobie, qui devient pathologique. Les chiffres sont très variables d’une étude à l’autre, mais elle reste beaucoup moins fréquente que la peur du dentiste. La phobie peut apparaître d’emblée ou au fil des séances, catalysée par de mauvaises expériences3.

La phobie dentaire peut être lourde de conséquences sur la santé bucco-dentaire, et plus largement sur la santé globale. La peur et l’anxiété peuvent devenir si fortes qu’elles entraînent des symptômes physiques (palpitations, sueurs, malaise, …). Les patients renoncent progressivement aux soins dentaires, parfois totalement. Leur santé bucco-dentaire se dégrade, avec des complications au niveau des dents, de la bouche, mais aussi de la santé globale3.

Quel impact sur la qualité des soins dentaires ?

Si la phobie pousse souvent à renoncer aux soins, la peur du dentiste impacte la qualité des soins dentaires et vice-versa. Il est capital que les soins dentaires se déroulent dans les meilleures conditions possibles pour réduire l’anxiété et la douleur du patient1,4.

Et après ?

Un soin qui se déroule dans de mauvaises conditions va favoriser l’anxiété et la douleur. La peur du dentiste est décuplée et cette mauvaise expérience s’inscrit parfois durablement dans la mémoire du patient, d’autant plus si c’est un enfant. Les prochains rendez-vous s’annoncent plus compliqués, à la fois pour le patient et pour le dentiste. Au contraire, des soins effectués dans un climat serein favorisent la coopération entre le patient et le dentiste et contribuent à réduire la peur du dentiste au fil des rendez-vous1,4.

La qualité des soins dentaires est déterminante pour la santé bucco-dentaire et la santé globale. Maladies cardiovasculaires, diabète, polyarthrite rhumatoïde, cancers, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, maladie d’Alzheimer, … la liste des maladies favorisées par une mauvaise santé bucco-dentaire est malheureusement longue5.

Quelles solutions pour gérer la douleur et l’anxiété et éviter la phobie dentaire ?

Si la peur du dentiste est un phénomène courant dans la société, des solutions existent pour prévenir et gérer la douleur et l’anxiété et donc garantir la meilleure qualité possible pour les soins dentaires, limitant ainsi le risque d’une phobie dentaire.

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Les techniques d’analgésie et d’anesthésie 

Selon les soins dentaires à effectuer et selon le profil du patient, le dentiste dispose de différentes techniques d’anesthésie et/ou d’analgésie. L’anesthésie va permettre d’insensibiliser la zone d’intervention, tandis que l’analgésie consiste à réduire la douleur. 

Différents médicaments sont utilisés pour réduire la douleur, comme le paracétamol ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène). Une anesthésie locale, locorégionale voire générale peut être pratiquée. Si l’extraction d’une dent cariée s’effectue généralement sous anesthésie locale, l’extraction des dents de sagesse est le plus souvent réalisée sous anesthésie générale. L’anesthésie générale peut également être proposée aux patients atteints de phobie dentaire, pour limiter leur anxiété2.

La sédation consciente 

En complément de l’anesthésie et de l’analgésie, le dentiste peut recourir à la sédation consciente. La sédation consciente est un état particulier de conscience (le patient reste éveillé), qui permet de se sentir apaisé et décontracté. 

La sédation consciente au cabinet dentaire peut être induite par deux techniques : 

  1. L’inhalation du MEOPA*, un gaz médicinal composé d’ un mélange équimolaire d’oxygène et de protoxyde d’azote ; 
  2. L’administration par voie orale d’un ou de plusieurs médicaments anxiolytiques1.

La sédation consciente est généralement indiquée pour des soins dentaires douloureux et/ou chez les patients présentant un niveau d’anxiété ou de douleur élevé. Néanmoins, cette approche ne peut pas être utilisée chez tous les patients, en raison de certaines contre-indications médicales. De plus, tous les cabinets dentaires ne sont pas équipés1.

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Les approches alternatives : l’hypnose médicale et les techniques de relaxation

Depuis quelques années, d’autres approches se développent pour réduire la peur et l’anxiété, en particulier l’hypnose médicale* et d’autres méthodes de relaxation, comme la méditation, la respiration profonde ou la musicothérapie. Dans l’hypnose médicale, le patient lui-même va puiser dans ses ressources pour gérer sa douleur et son anxiété6.

L’essor du numérique permet également de proposer des solutions de distraction et d’apaisement combinant l’hypnose, la relaxation et la réalité virtuelle. Ces approches, qui n’ont pas encore toutes démontré scientifiquement leur efficacité pour réduire la douleur et l’anxiété, ne sont pas proposées par tous les dentistes. Certains dentistes choisissent de se former sur l’une ou l’autre de ces techniques pour les proposer ensuite à leurs patients, en complément des autres approches citées ci-dessus. Pensez à en parler avec votre dentiste si ces techniques vous intéressent6.

FAQ

Qu’est-ce que l’odontophobie ?

L’odontophobie, encore appelée la stomatophobie, désigne une peur pathologique du dentiste, qui peut devenir une véritable phobie. 

Qu’est-ce que l’hypnose médicale* ?

L’hypnose médicale est une approche utilisée dans le soin depuis plus de 2 siècles. Elle consiste à induire un état de conscience particulier dans lequel le sujet se sent indifférent au monde extérieur et très réceptif à des suggestions. Cet état de conscience permet au patient de mobiliser ses propres ressources pour gérer la douleur et l’anxiété. L’hypnose médicale est par exemple de plus en plus utilisée dans les blocs opératoires en complément des techniques d’anesthésie et d’analgésie.

Qui peut utiliser du MEOPA ?

Le MEOPA est utilisé par les chirurgiens-dentistes pour la réalisation de soins douloureux et/ou anxiogènes chez les enfants et les adultes. Ce gaz médicament permet au patient de se détendre sans s’endormir et tout en restant conscient, c’est la sédation consciente. Pour utiliser du MEOPA au cabinet dentaire, le chirurgien-dentiste doit suivre une formation obligatoire et son cabinet doit répondre à des exigences réglementaires.

Références
1Thomas Marquillier. Faire le choix du MEOPA… un enjeu de santé publique ! Revue Francophone d’Odontologie Pédiatrique. N°3 (11) ; 2016.
2Haute Autorité de Santé. Prévention et traitement de la douleur postopératoire en chirurgie buccale. Novembre 2005.
3AH-HP. Prise en charge de la phobie des soins dentaires à l’hôpital Henri-Mondor. 21 février 2022.
4Marion Panek. Prise en charge non pharmacologique de l’enfant en refus de soins en odontologie. 2009.
5FRM. Portrait de chercheur : Maud Borensztein. 29 septembre 2022.

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